Préambule

Genèse du projet

Cette œuvre, qui se veut être une biographie chrono-thématique, ambitionne de pérenniser le narratif du vécu de nos parents. Un tel projet me fascinait depuis le début des années 2000. Un jour de 2004, alors que j'étais élevé en classe de 1ère, j'ai entrepris, armé d'un stylo et d'un carnet de note, une investigation sans grande conviction au près du regretté oncle, le patriarche GOMINA Soulé. Très sollicité ce jour-là, et il faut préciser que le ne l'ai pas prévenu avant de débarquer dans son salon, il a juste dit : « mon fils, revient plus tard si tu veux, mais ce que tu dois savoir à ce sujet, je l'ai déjà raconté à plusieurs de tes ainés dont ton grand frère Mazou ». Hélas je n'eux pas le temps de revenir et il mourut en 2006.

Message à la collectivité (2019)

En 2019, notamment le 19 août j'ai poste sur le forum de la collectivité BABABODI une adresse à la famille et à sa jeunesse en particulier. Ma publication était intitulée ''Message d'un jeune BABABODI à ses compairs''. En voici la teneur :

''Jadis adulée, consultée sur tous les sujets d'intérêt, presque vénérée, la collectivité BABA BODI est aujourd'hui objet de critiques acerbes voire de risée. Jadis organisée, soudée, solidaire et résistible à toute épreuve, notre collectivité se fissure et risque de s'effriter si on n'y prend garde. C'est un constat et il n'est pas besoin de vers optiques pour s'en apercevoir. Est-ce bien ? Chacun en jugera par lui-même.

Union contre individualisme

Comment sortir de cet engrenage et garder la tête haute ? Personne n'a la solution miracle. Mais je crois savoir qu'une vision prospective et donc futuriste n'est véritablement bonne que si elle se construit à l'aune des attentes mais aussi à la lumière du passé, prenant en compte l'homme à la fois comme acteur et bénéficiaire. Qu'est ce qui fît alors la grandeur de la collectivité ? Des voies plus autorisées que la mienne existent pour y répondre. Je n'ai donc pas la prétention de les suppléer. Qu'il me soit tout de même permis de souligner que ce qui, entre autre, faisait la grandeur et la force de la collectivité, c'est l'union et la solidarité qui s'exprime diversement. Pour les plus anciens, il n'y a qu'à revisiter le passé proche de nos oncles les plus âgés encore en vie. On se rendra aisément compte qu'ils ont comme leurs aînés, élevé beaucoup d'enfants de leurs frères et sœurs de tous ordres, favorisant ainsi le brassage et la communauté.

Et, qu'est-ce qui s'apprête à causer notre perte ? L'individualisme ! La jeunesse est le fer de lance d'un groupe social, dit-on. Nos pères on fait, en leur temps et dans la mesure du possible, ce qu'ils croient devoir. Nous en avons hérité le passif ; mais nous avons surtout grandement profité directement ou indirectement de l'immense actif. Si la flamme s'étiole et s'éteint, ce sera notre responsabilité. A tort ou à raison, les uns trouvent le coupable dans le camp des autres, et vis-versa. Le plus important n'est pas de déterminer qui a tort ou qui a raison. Car, c'est connu de tous que lorsque vous posez les mauvaises questions, vous aurez forcement de mauvaises réponses. Par contre, les bonnes questions ont le mérite de faire savoir clairement et sans ambigüité par où chercher remède. La question primordiale à laquelle il nous faut réfléchir pour trouver réponse est, à mon avis, la suivante : Que faisons-nous pour que les jeunes de demain ne nous fassent point les pires reproches que ceux que nous pouvons formuler aujourd'hui ? ''

Réaction et dialogue

Cet acte visait à susciter la réflexion critique, le débat sur notre agir aujourd'hui pour un demain meilleur au regard de ce qu'a été la collectivité et du visage moins reluisant qu'elle présente actuellement.

Aucun message de réprobation, ni en publique, ni en privé. Preuve, s'il en était besoin, que le constat est évident et le besoin pressent. Mais il y eu tout de même un message de recadrage que voici :

« Je remercie mon jeune frère Yahouza pour cette réflexion et cet important rappel. Je ne voudrais pas faire de commentaire à cette belle initiative qui certainement, inspirera le bureau de la collectivité à organiser des assises pour échanger sur la question. Avant tout, je voudrais honorer notre collectivité qui malgré tout tient toujours la tête haute et féliciter le bureau et les membres qui travaillent inlassablement à la pérennisation de la collectivité. Le sentiment d'appartenance, le sentiment d'identité sont essentiellement importants pour la manifestation de la solidarité familiale. Comment est-ce que je vis mon identité BABA BODI ? Comment est-ce que je manifeste mon appartenance à la collectivité et comment est-ce que la collectivité me manifeste (en retour) mon appartenance à elle ? Quel est mon degré de participation à la chose de la collectivité ? Quel est mon réseau relationnel dans la collectivité ? Quelle est ma part de responsabilité dans la non-manifestation de la solidarité ? Telles sont quelques pistes que je suggère pour engager le débat autour de la question importante soulevée par Yahouza. »

Tel a été le commentaire in extenso du grand frère Gomina Soulé Alassane, alias papa SOS.

L'interpellation décisive (2022)

Le 20 avril 2022, à l'occasion de l'anniversaire de décès de l'oncle Yacoubou indépendant, j'ai posté dans le même forum, un message descriptif et élogieux du défunt. Les témoignages émouvant fusent à la suite. Une intervention retint particulièrement mon attention : il s'agit de celle de l'oncle GOMINA Tafa qui exprime la nécessite pour nous de mettre par écrit ce que nous savons de nos pères et des valeurs familiales.

Le 30 Octobre 2022, une réunion de la collectivité BABA BODI a lieu à Cotonou chez l'oncle GOMINA Abdoulaye affectueusement appelé papa Vèdoko. L'ordre du jour est épuisé. Une question surgit cependant sur l'histoire de la famille. Maître BABA BODI Zakari prend la parole et raconte un pan de l'histoire de la collectivité en rapport avec la grande dynastie ATAROUWA de Bassila et le rôle des pères fondateurs de la collectivité BABABODI. Toute la jeunesse présente ce jour-là était très attentive. L'orateur bénéficiait du concours et des apports de ses frères et sœurs présents notamment GOMINA Amissétou, le général Abasse GOMINA. Apres un moment de narration, son jeune frère le policier Mamouda GOMINA l'interpelle poliment mais avec un air accusateur : « Je ne suis pas content. Vous connaissez autant sur notre histoire et vous avez gardé le secret espérant que nous fassions comment pour la connaitre ! C'est vous qui avez fait que nos enfants ne savent plus rien de leur histoire, de notre histoire. Il y a autant de chose à savoir et vous (les aînés) ne nous informés pas ! Qu'attendez-vous ? Espérez-vous que ce soit des personnes extérieures à la famille qui nous informent ? Et de quelle manière le feront ils ! ».

Prise de conscience collective

La repose des ainés a été in extenso celle-ci : « ce sont les temps qui ont changés. Lorsque nous vivions tout petits à Bassila, tous les soirs étaient des moments d'éducation à travers l'histoire. Nous nous rassemblions systématique autour du roi GOMINA qui nous racontait ce qu'il convient de savoir et nous éduquait par la même occasion. Aujourd'hui les jeunes se rassemblent autour de qui ? De qui ont-ils l'occasion de s'approcher ? S'ils venaient à se rendre à Bassila, prennent-ils le temps de s'assoir pour écouter ? »

Cette situation qu'on pourrait qualifier d'anecdotique renforça ma conscience sur la nécessité d'écrire notre histoire et décupla ma détermination à y arriver. Car nous réalisions que l'interpellation et sa repose sont, révélateurs d'un besoin pressant de connaissance sur notre passé ainsi que nos valeurs et en même temps annonciateur d'une crise identitaire si on y prend garde. Elle pose par ricochet le problème du degré d'accessibilité, de durabilité voire de fiabilité du narratif de notre histoire orale fragmentaire mais reconstitutible avec un peu d'effort. Cela exige de nous, je pense, un effort d'adaptation à notre temps pour éviter que le reproche des générations futures ne soit teinté de virulence et leur efforts vains parce qu'il n'y aurait plus personnes qui puissent servir les réponses véritables.

En janvier 2025 je découvris que mon neveu Zakiyou couvait une entreprise semblable. Nous décidâmes de conjuguer nos efforts pour un aboutissement heureux.

Le 26 mai 2025, à l'occasion du 50e anniversaire de la mort du roi TONTOMON, de nombreux témoignages sur sa vie nous ont livré une mine d'informations et notre projet connu une avancée significative.

Notre génération charnière

Sans prétendre tout savoir, ce que nous entreprenons ici, nous le concevons comme un devoir filial. C'est pourquoi, quand bien même il y aurait les coquilles, parce qu'aucune œuvre humaine n'est parfaite, le pis-aller serait de laisser la jeunesse de ma famille au point où elle en est, je veux dire dans l'ignorance, par le plus grand nombre, des valeurs historiques, sociales et culturelles qui sont les siennes et incarnées pratiquement par nos parents, leurs ancêtres.

Cette ignorance du passé, si elle n'est pas transcendée ou si elle est mal sublimée, conduit inéluctablement au doute, à la perte d'identité, à la dispute, à l'errance et à l'individualisme en vogue dans le monde. Comment sortir de cet engrenage dans un contexte marqué d'abord par le fait que nous sommes de plus en plus nombreux mais disséminés à travers le monde contrairement aux pères fondateurs qui, moins nombreux vivaient côte à côte ; ensuite par la mondialisation de l'individualisme préjudiciable à notre solidarité légendaire et enfin par le besoin de garder brillante et plus haute la flamme de la dignité ?

L'expérience nous enseigne qu'on ne peut indéfiniment fuir ses problèmes. « Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente », disait Aimé Césaire dans son Discours sur le colonialisme. Notre génération est sans conteste une génération dorée, mais nous ne pouvons pas prétendre avoir absolument dépassé nos parents. S'il est évident que nous avons plus de diplôme et peut être de bien matériels qu'eux, il est également incontestable que nous ne leur arrivons pas à la cheville sur le plan des vertus qui fondent la solidarité au sein de la famille. Notre génération est aussi une charnière déterminante entre le passée et l'avenir de la famille. En quel sens ? Dans le sens où nous avons la chance d'avoir encore vivant et lucide nombre de personnes qui ont vécu dans le corps et dans l'âme la réalité familiale. Elles sont une source précieuse d'information. Si nous ne prenons pas le relais de la transmission la cassure sera draconienne pour les générations futures. Il est de notre devoir d'empêcher cette catastrophe. Et si Dieu le veut, nous en avons les moyens.

Mission et contribution

Aussi, toute vision prospective repose-t-elle sur une philosophie de vie, une conception théorique incarnée pratiquement par des hommes dont le roi GOMINA.

Du reste, au sortir de la rencontre avec ce qui reste de la sagesse familiale, ce que d'aucun appelle les « dépositaires des valeurs familiales » et de notre histoire, nous vous proposons dans cet ouvrage d'exposer ce que nous avons recueilli pour contribuer modestement à la conservation et à la pérennisation de notre glorieux passé, en suggérant aux plus jeunes une approche inspiratrice de notre identité familiale. Approche que nous espérons capable de stimuler le patriotisme filial, car moins nous connaissons du passé et du présent, plus notre jugement sur le futur est forcément incertain.

L'avenir de notre famille, c'est à nous de l'écrire. S'il est vrai que nous avons du don et des prédispositions heureuses, nous avons à construire l'avenir ensemble ! Ceci est notre contribution à cet effort collectif. Contribution modeste pour laquelle nous n'attendons pas qu'on des applaudissements. Car, s'il y a quelque chose de bien dans ce travail, nous le devons d'appartenir à cette noble et glorieuse famille. Ce que nous espérons en revanche, c'est qu'on nous blâme sur ce qui y est de moins bon, écueil que nous tâcherons d'éviter autant qu'il dépendra de nous.

BASSILA le 30 juillet 2025

GOMINA Yahouza
et
BABABODI Zakiyou