Valeurs identitaires et enseignements
Valeurs identitaires et enseignements
L'identité bababodi est certes en constante construction mais elle repose sur un socle de valeurs identitaires fondamentales. Ainsi la grandeur d'âme de nos ascendants leurs a valu une sacrée bonne réputation. A l'image de GOMINA dont les obsèques fut à cet égard légendaires. Son esprit d'unité ayant jailli sur son royaume a imbibé tout l'arrondissement de BASSILA en inspirant la naissance de la rencontre annuelle dénommée OUWALOU symbole de rassemblement et d'unité pour la cause du développement. A l'évidence, tout concorde pour faire de BABA BODI ALE Ibrahim GOMINA un roi d'exception.
Héritage culturel et traditions
De même nos aïeuls ont perpétué la pratique selon laquelle, dans la succession à la responsabilité de chef de famille les hommes ont priorité sur les femmes et cette façon de faire ne nous a point déçus à ce jour. Néanmoins, les femmes-sœurs les plus âgées sont consultées discrètement avant que la décision du chef de famille ne soit prise et rendue publique. C'est un héritage culturel en rapport avec nos origines Bariba. L'existence de la GNONKOGUI dans la chefferie à Nikki en est une illustration parfaite.
Par ailleurs, des témoignages de grands noms sur nos valeurs familiales et notre héritage nous permettent d'en tirer des leçons ainsi qu'il suit.
Témoignage de BABABODI Soumanou
« La perte des valeurs tant décriée à l'ère moderne n'est pas propre à notre famille. La déchéance morale sévit déjà autour de nous dans les familles voisines. Il y a cependant encore chez nous du répondant en terme de valeurs »
Preuve s'il en est besoin, qu'il n'y a pas péril en la demeure.
Témoignage de GOMINA Abdoulaye
« Moi et mes frères Sebou, Seidou et Sani, nous répondions solidairement et sans discrimination aux besoins de la grande famille BABABODI. A l'occasion du décès de ma mère (la première femme du roi GOMINA) nous nous sommes réunis et répartis la prise en charge des besoins de la famille pour les obsèques. Nous avons réparti solidairement toutes les charges comme à l'accoutumé mais en laissant de côté l'achat d'un bœuf parce que nous espérions que le roi en offrirait un puisqu'il avait un troupeau. Arrivé au village, le roi refuse. On s'est réuni rapidement pour trancher le cas. J'ai proposé à mes frères de me laisser pour une fois acheter cette bête moi seul. J'ai essuyé un refus catégorique malgré que je sois leur grand frère. Aucun argument n'a pu convaincre mes frères. Ils m'ont servi pour toute réponse ''nous sommes une famille solidaire''. J'ai dû les supplier de me permettre de faire au moins ça pour ma maman. »
Ces paroles montrent la grandeur d'âme de nos parents aptes à faire de ce qui concerne la famille une affaire qui engage personnellement tout le monde et non de celui que la situation touche directement : ils mettaient en pratique la solidarité, non l'individualisme.
Témoignages sur l'unité et la solidarité
« Qu'Allah accepte les prières et qu'il nous fasse davantage miséricorde, nous les enfants de nos pères encore en vie qui sont dépositaires de l'histoire de la collectivité et des valeurs cardinales qui ont cimenté sa notoriété »
La stabilité de notre famille, son prestige, sa réputation et la célébrité qu'on lui reconnaît à l'intérieur et au-delà du village de Bassila est un fait évident. Ce qui l'est moins c'est la connaissance des valeurs cardinales qui la fondent. Le devoir de garder le flambeau allumé, nous impose d'aller à l'école des « dépositaires de l'histoire de la collectivité et des valeurs cardinales qui ont cimenté sa notoriété ». Eux, ce sont nos ancêtres et nos parents dont les actes et les paroles affermissent les liens du tissu social de la digne collectivité BABABODI.
« Je me rappelle ce jour-là où était organisée la prière de huitaine de mon oncle, Gouya Baba Bodi Gomina Alé Tontommon, il avait été annoncé qu'il est mort en laissant 44 enfants (22 garçons et 22 filles)... Il n'y a pas de hasard, Allah nous donne des signes par paraboles. 22 filles, 22 garçons, ça signifie que chaque enfant a son frère ou sa sœur, ça signifie que personne ne doit se sentir seule dans la famille, ça signifie que personne n'est rien sans l'autre. Alors, unissons-nous, combattons l'individualisme et mettons-nous tous au service de la famille. »
Héritage et responsabilité
L'individualisme est notre pire ennemi, l'union et la solidarité sont nos alliés sur le chemin qui mène vers le succès, l'honneur et la gloire de la famille. Pour gagner le combat, il devient impératif d'assurer la continuité de la chaîne de transmission des valeurs cardinales de la famille ; ces valeurs qui sont essentiellement pratiques et réfèrent à l'acte moral alors que la tendance générale est au développement des connaissances intellectuelles et à l'acquisition de biens matériels, indispensables certes mais pas suffisantes.
« Merci pour ces paroles revigorantes pour nos âmes et ce rappel. (...) quel plaisir et honneur d'être descendant d'un homme qui a œuvré à la défense de l'islam, au point de n'avoir aucune autre religion dans le village d'alors, Bassila centre ! En l'occurrence le roi Baba Bodi Alé Ibrahim Gomina Tontommon (...) je vous aime malgré mes silences »
Nous sommes bénéficiaires des actes de biens qu'ont posés nos parents sur leur passage. Nous récoltons plaisir, fierté, honneur et autre du même acabit. Mais nous ne devons pas nous en contenter. Nous devons nous poser la question de savoir ce que récolteront les générations futures des actes que nous posons aujourd'hui. Jamais nous ne devons trahir la mission que la providence a voulu nous assigner en nous faisant naître dans cette famille où personne n'a du poisson à vous offrir à satiété mais où il existe des consciences enclines à vous initier à la pêche ; encore faut-il être disposé à apprendre.
Leçons et perspectives
« Merci à nos parents qui se montrent toujours solidaires et disponibles à ces occasions. Vous donnez du sens au mot famille. Puisse cela nous servir d'exemple et de référence comportementale »
En d'autres termes la solidarité est le socle de notre famille, c'est elle qui donne du sens à notre famille, nos parents ont su l'entretenir et la manifestent encore dans la pratique. Qu'avons-nous de mieux à faire si ce n'est les suivre sur cette voie royale que les pères fondateurs ont tracée ?
Jeunes, nous devons retenir la leçon et apprendre à nous comporter bien, de manière à préserver et perpétuer notre héritage, le nom et l'identité BABABODI incarnés et promus par des figures de proue. Car, comme me le faisait remarquer la femme de baba Kèkè dans un entretien le 29 août 2024 à Bassila à son domicile : « La première force de la famille du roi GOMINA c'est l'effectif. Ils sont nombreux et impressionnent tout le monde. La seconde est la solidarité, ils se serrent les coudes et ne s'abandonnent jamais : unis ils restent. Ensuite vient la droiture morale »
Conclusion
Nos ancêtres (GOMINA comme son père BABABODI et leurs ascendants dont nous ignorons les noms) ont régné en suscitant l'adhésion populaire. Ils ont construit leur autorité sur la nécessité de faire croître la communauté à laquelle ils appartiennent en faisant croître et grandir celles et ceux qui y participent. Jamais ils n'ont cessé de travailler sur leur propre personne pour fonder, consolider et maintenir durablement la légitimité qui leur est reconnue.
Ils avaient du don naturel de leader certes, mais ne s'y enfermaient pas comme dans un mécanisme. A l'évidence nous sommes les héritiers d'une longue tradition de valeurs et de grandeur héritées, promues et transmises. Nous avons hérité la dignité princière, les valeurs fondées sur la vertu et l'islam pour couronnement. Après avoir su tout ça, nous devons tâcher d'éviter d'être des héritiers ingrats, ceux qui ne rendent pas grâce, qui ne fructifient pas leur héritage historique, qui soit la renient, soit la dilapident ou la déshonorent, soit l'admirent béatement sans rien en faire. Nous devons revoir notre agir, en commençant par la manifestation de notre sentiment d'appartenance.